Il est 7 h 10.
Tu n’es pas encore levée que tu aimerais déjà être ce soir.
Mais dans ta tête, la journée a commencé : le dossier à terminer, le rendez-vous à prendre, le message du collège auquel répondre.
Et cette question qui revient : « Comment je peux être aussi fatiguée alors qu’on est seulement en septembre ? »
Tu cherches ce qui a changé.
Plus de travail ? Pas forcément.
Mais entre les nuits trop courtes, la rentrée à organiser, les inquiétudes qu’on garde pour soi, les engagements et les imprévus, il reste parfois peu de place pour récupérer.
À l’automne, la baisse de lumière peut jouer sur tes rythmes.
Mais ce coup de fatigue d’automne ne suffit pas à expliquer toutes les fatigues.
Regardons aussi tout ce que ta journée te demande, au bureau comme ailleurs.
Prenons une journée ordinaire.
Tu as travaillé.
Lu les messages des établissements scolaires de tes enfants, répondu aux messages des amis, des groupes WhatsApp…
Repris un dossier mal transmis.
Pensé à appeler ta mère.
Cherché un créneau médical.
Et, entre deux tâches, repensé à cette conversation qui te tracasse depuis dimanche.
Le soir, quelqu’un te demande ce que tu as fait aujourd’hui.
« Rien de spécial. »
Rien de spectaculaire, effectivement.
Mais beaucoup de choses à gérer, à anticiper et à garder en tête.
Ton agenda compte les rendez-vous.
Il ne compte pas tout ce qu’ils te coûtent.
C’est une piste utile pour comprendre ta fatigue : regarder l’ensemble, y compris ce qui paraît trop banal pour mériter d’être mentionné.
La lumière contribue à régler notre horloge biologique, notamment l’alternance entre veille et sommeil. L’Inserm rappelle qu’elle est son principal repère extérieur.
Quand les journées raccourcissent et que tu passes l’essentiel de ton temps à l’intérieur, ton exposition à la lumière change. Sortir un peu en journée, par exemple pendant une pause, peut être une habitude à retrouver.
Mais « c’est la saison » ne doit pas devenir une explication automatique. Une fatigue qui persiste malgré le repos mérite qu’on en recherche la cause.
Le même principe vaut pour le cycle menstruel. Les règles douloureuses peuvent s’accompagner de fatigue, comme l’indique l’Assurance Maladie. Cela ne signifie pas que toutes les femmes traversent les mêmes variations, ni qu’il faudrait supporter des symptômes gênants sans en parler.
Observer ce qui revient t’aidera à décrire ce que tu vis à un professionnel de santé. Cela ne t’oblige pas à trouver seule une explication.
Tu ne te reconnaîtras pas dans toutes ces situations. L’idée est de repérer celle qui prend de la place dans ta vie aujourd’hui, peut-être davantage que tu ne te l’autorises à dire.
Avec un bébé, les réveils nocturnes sont faciles à identifier. Avec un ado, la fatigue est parfois moins visible : l’orientation, les difficultés au collège ou au lycée, ce silence inhabituel qui s’installe et qui t’inquiète.
Tu peux avoir fini ta journée de travail et continuer à chercher une solution pendant que tu prépares le dîner.
Et lorsqu’il faut aussi prévoir les courses, prendre les rendez-vous et rappeler ce qui doit être fait, le partage des tâches ne se résume pas à savoir qui vide le lave-vaisselle.
Qui pense à ce qu’il faut faire ?
Qui s’assure que c’est fait ?
Ce sont des questions concrètes à poser lorsque toute l’organisation repose sur la même personne.
Un projet bébé qui tarde.
Un parcours médical.
Une fausse couche.
Un deuil.
Un proche dont la santé se dégrade.
Tu peux traverser l’une de ces épreuves et continuer à répondre « ça va » en arrivant au bureau.
Par pudeur, par besoin de préserver ton intimité, ou parce que tu ne sais pas comment en parler.
Après une fausse couche, par exemple, un médecin peut te prescrire un arrêt de travail bénéficiant, sous les conditions prévues, d’indemnités journalières sans délai de carence.
(L’Assurance Maladie détaille cette démarche, je t’ai mis le lien en webographie.)
Revenir après un congé maternité ou parental.
Changer de poste.
Déménager.
Ou encore, reprendre une formation.
Ces événements peuvent être heureux, souhaités, et demander beaucoup d’énergie.
Au retour d’un congé, par exemple, il faut parfois découvrir de nouveaux outils, retrouver sa place dans l’équipe et ajuster toute l’organisation familiale.
Le travail a repris, oui, mais les repères, eux, ne reviennent pas en un claquement de doigts.
Si la reprise est difficile, note ce qui te manque précisément : une mise à jour sur les dossiers, une formation, des priorités claires, un point avec ton responsable. Tu auras une base concrète pour demander un ajustement.
Dans le cas d’une pause professionnelle programmée, tu peux faciliter ton retour : lister les dossiers en cours, déléguer ce qui peut l’être et noter les procédures utiles. De quoi retrouver tes repères sans compter uniquement sur ta mémoire.
La course à pied préparée depuis plusieurs mois.
La formation du soir.
L’association.
Le projet personnel que tu veux enfin lancer.
Le plaisir qu’ils procurent compte. Le temps et l’énergie qu’ils demandent aussi.
Avant de supprimer ce qui te fait du bien, pose-toi cette question :
« Est-ce l’activité qui me pèse, ou le niveau d’exigence que je me suis fixé ? »
Tu peux vouloir continuer à courir et renoncer provisoirement au chrono.
À titre personnel, j’ai dû renoncer à jouer au badminton parce que les entraînements et séances libres se déroulent le soir. Je ne dormais plus. L’épuisement s’était installé toute l’année dernière. Alors une décision radicale était nécessaire pour adapter mes activités à mon rythme, à mes besoins. C’est un vrai renoncement parce que j’adorais cette activité.
Mais la santé, c’est la priorité.
Reconnaître ce qui pèse dans ta vie personnelle ne doit pas servir à minimiser ce qui dysfonctionne au travail.
Le burn-out est lié à un stress professionnel chronique. L’INRS cite notamment la surcharge, la pression du temps, le manque de soutien et la faible autonomie parmi les facteurs de risque.
Si les objectifs sont intenables ou que les urgences s’accumulent sans arbitrage, le sujet doit aussi être traité dans l’organisation du travail.
À l’inverse, ton activité peut être un soutien : des collègues avec qui tu souffles, un cadre rassurant, le plaisir de faire quelque chose que tu maîtrises.
Pour commencer à distinguer ce qui t’aide de ce qui t’épuise, demande-toi :
Ces questions donnent des points de départ pour un échange. Elles ne permettent pas, à elles seules, de poser un diagnostic.
Tu te sens vraiment fatiguée au travail ?
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Quand tu es déjà fatiguée, une liste de sept nouvelles habitudes peut ressembler à du travail supplémentaire.
Je te propose un exercice plus court.
Sur une feuille, complète ces trois phrases :
À la maison, « j’ai besoin d’aide » peut devenir : » Peux-tu prendre en charge les rendez-vous et les trajets de cette activité jusqu’aux vacances, sans que j’aie à les organiser ? «
Au travail : « Avec les moyens actuels, je peux terminer A ou B pour vendredi. Quelle est la priorité, et qu’est-ce qu’on reporte ? «
Pour un projet personnel : « Pendant deux semaines, je garde une séance qui me fait plaisir et je mets l’objectif de performance en pause. »
Tu ne maîtrises pas toutes les contraintes.
Si une demande reste sans réponse, il faudra peut-être chercher un autre appui ou un autre interlocuteur.
Si la fatigue persiste, devient importante, gêne ton quotidien ou s’accompagne d’autres symptômes, parle-en à ton médecin généraliste.
Après une naissance, tu peux aussi en parler à ta sage-femme ou à ton médecin. Si tes difficultés concernent le travail, le médecin du travail est un interlocuteur pour envisager des adaptations.
Tu peux préparer quelques éléments : depuis quand tu es fatiguée, comment tu dors, ce qui a changé et ce que le repos améliore ou non.
Choisis un signe concret qui te permettra de voir si la situation s’améliore : une soirée plus tranquille, une vraie pause, une journée moins éprouvante.
Tu pourras ainsi mesurer ce qui fonctionne ou pas dans les nouvelles dispositions que tu auras prises.
Ce repère te donnera une direction plus concrète que “il faut que je gère mieux ».
Si ton travail occupe une place importante dans ce qui t’épuise, je peux t’accompagner pour clarifier ce que tu souhaites changer, examiner tes possibilités et préparer une prochaine étape réaliste.
Tu peux prendre directement rendez-vous avec moi si tu souhaites être accompagnée pour retrouver de la sérénité dans ta vie professionnelle.
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